bonnet de nuit pour dreadlocks

Et comme Astrée y estoit aussi dépeinte parfaitement belle, elle crût en mesme temps luy ressembler, car une fille ne manque jamais de vanité sur cet article. Je m’y oppose (dit Collantine), et je veux auparavant qu’on m’explique un article de ce testament, touchant ce grand agenda et cet almanach de disners qu’il legue à Catharinet, et qu’il dit estre suffisant pour sa subsistance. Mais un oncle de Javotte, qui estoit un ecclesiastique sage et judicieux, leur remonstra que, s’il avoit gagné ce jour-là six cens pistolles, la fortune se pouvoit changer le lendemain, et luy en faire perdre mille; qu’il ne falloit point mettre en leur alliance un joüeur, qui pouvoit en un moment perdre tout le mariage de leur fille, et qu’enfin ceux qui s’adonnent au jeu ne sont point attachez au soin de leur famille et de leur profession; qu’au reste, s’ils vouloient rompre avec luy, il n’en falloit point laisser eschapper une si belle occasion.

C’est une coustume assez ordinaire aux plaideurs de prendre pour juge le premier venu, de plaider leur cause sur le champ devant luy, et de s’en vouloir rapporter à ce qu’il en dira, sans que cela aboutisse néantmoins à sentence ny à transaction; de sorte que, si on avoit déduit au long cet incident, il n’auroit point du tout choqué la vray-semblance. Et certes on ne doit point trouver cette avanture trop surprenante, veu qu’il arrive souvent aux personnes qui ont esté eslevées en secret, et avec une trop grande retenuë, que si-tost qu’elles entrent dans le monde, et se trouvent en la compagnie des hommes, elles conçoivent de l’amour pour le premier homme de bonne mine qui leur en vient conter. Comme il achevoit cette protestation, Laurence, qui avoit amené Javotte, la vint advertir qu’il estoit temps de s’en retourner, et qu’on seroit en peine d’elle à la maison, de sorte qu’avec une profonde reverence elle prit congé de la compagnie, à laquelle sa beauté et son ingénuité ayant servi quelque temps d’entretien, le reste se sépara. Apres cette asseurance (reprit Javotte), je vous avouë que, vous ayant oüy dire tantost de belles choses, en disputant avec ces demoiselles, je voudrois bien vous prier de me prester le livre où vous avez pris tout ce que vous avez dit: car j’avouë ingenuëment que je suis honteuse de ne point parler, et cependant je ne sçay que dire; je voudroys bien avoir le secret de ces demoiselles, qui causent si bien; si j’avois trouvé leur livre où tout cela est, je l’estudierois tant que je causerois plus qu’elles.

Non (luy dit Javotte); pourtant vous me feriez bien un plaisir si vous vouliez; mais je n’oserois vous le demander, car vous ne le voudriez peut-estre pas. Ce n’est pas comme ces autres romans où il n’y a que des amours de princes et de palladins, qui, n’ayant rien de proportionné avec les personnes du commun, ne les touchent point, et ne font point naistre d’envie de les imiter. Il n’y avoit plus qu’à trouver une occasion de rompre avec luy pour traitter avec Bedout. Pancrace, qui reconnut que c’estoit une fille qui vouloit se mettre à la lecture et qui avoit esté eslevée jusqu’alors dans l’ignorance, crut trouver une belle occasion de luy rendre de petits services, en luy envoyant des livres. Il ne faut donc pas s’estonner si Javotte, qui avoit esté eslevée dans l’obscurité, et qui n’avoit point fait de lecture qui luy eust pû former l’esprit ou l’accoustumer au recit des passions amoureuses, tomba dans ce piege, comme y tomberont infailliblement toutes celles qui auront une education pareille. Ainsi il commença de luy applaudir, et demeura aucunement d’accord qu’on tiroit des livres beaucoup de choses qui se disoient dans les conversations; que, quoy qu’elles n’y fussent pas mot à mot, les livres ouvroient l’esprit et le remplissoient de plusieurs idées qui luy fournissoient des matieres pour bien discourir.

Il arrive la mesme chose pour la lecture: si elle a esté interdite à une fille curieuse, elle s’y jettera à corps perdu, et sera d’autant plus en danger que, prenant les livres sans choix et sans discretion, elle en pourra trouver quelqu’un qui d’abord lui corrompra l’esprit. Elle ménageoit toutes les occasions de s’y trouver, et prioit souvent ses voisines de la prendre en y allant, et d’obtenir pour elle congé de sa mère. Elle courut à sa chambre, s’enferma au verroüil, et se mit à lire jour et nuit avec tant d’ardeur qu’elle en perdoit le boire et le manger. Ce fut lors que Volaterran, qui vit bien que Belastre, par un signe de teste, avoit dessein qu’on luy donnast prompte satisfaction, continua de lire. Il faut les gouverner avec ce doux temperament, qu’ils s’accoustument à se voir et qu’ils s’apprivoisent ensemble, mais qu’il y ait cependant quelque oeil surveillant, qui par son respect y fasse conserver la pudeur et en bannisse la licence. Aussi, dés qu’il eut connu son foible, il en tira de grands avantages.

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